Type de produit : sneakers
Marque : Nike

Coût : 210 euros
Lieu de production : Vietnam
Lieu de conception : États-Unis
Prêté par : Jean-Baptiste D.


 

Une tige en maille 3D
Une semelle en caoutchouc synthétique thermoformée
Une enduction localisée
Des finitions de montage piquées
= des procédés de fabrications diversifiés

[Une industrie riche de sa diversité]

Une tige souple, sans couture et surépaisseur, moulant le pied… À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’un tissu, en réalité, c’est une maille. La maille, c’est comme le tricot de nos grands-mères, sauf que depuis, on tricote beaucoup plus rapidement et même en trois dimensions. Cette tige, c’est une prouesse technologique. Elle est réalisée en une seule fois, sur une unique machine qui va pouvoir tricoter différents types de mailles.

Observer cette chaussure est d’autant plus intéressant, que divers procédés technologiques récents et manuels traditionnels cohabitent. En effet, même une chaussure telle que celle-ci nécessite encore le savoir-faire de la main pour être terminée. C’est ce qui fait la beauté de cette industrie ! À noter que l’automatisation est de plus en plus performante, et les industries de production de masse cherchent toutes à se séparer de cette main d’œuvre manuelle.

Cette couture, donc, est faite à la main. En industrie, quand on parle de couture main, on parle d’un opérateur sur machine à coudre – on n’est pas dans une finition à la main, qui est spécifique au haut de gamme, du luxe, voire de plus en plus de la haute couture.

Ici, une enduction probablement PU (Polyuréthane, un thermodurcissable). L’enduction est un type d’ennoblissement. Dans l’industrie textile, on appelle ennoblissement, l’ensemble des procédés de modification du textile qui interviennent une fois celui-ci façonné et qui lui apportent un supplément de quelque chose. Teinture, blanchiment, délavage, découpe ou perforation, broderie, tous viennent « ennoblir » le tissu au sens technique du terme. L’ennoblissement est à utiliser avec précaution car il est souvent à la source de difficultés futures pour le recyclage. Ici l’enduction PU, qui permet d’imperméabiliser le bas de la chaussure, apporte des complications au recyclage, notamment s’il ne s’agit pas du même polymère que celui qui a servi à tricoter la maille. Pour être plus précis, au moment de fondre la chaussure, le mélange des deux plastiques, s’il n’a pas été anticipé, dégradera la matière.

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Un modèle de chaussure : la « Nike Vapor Max »
Une collection limitée : la « Flyknit » blanche
= des modèles qui évoluent et se multiplient

[Le changement permanent]

Ce qui m’a intéressé dans ces sneakers, c’est le fait que la personne qui me les a prêtées pour l’article en a plus d’une dizaine de paires (Thanks JB). Pourquoi en vient-on à acheter autant de paires de chaussures ? Comme l’explique Guillaume Erner, dans son essai Les tendances pourquoi on les suit ?, notre consommation de vêtements n’a pas pour seul objectif de nous couvrir. Le vêtement, c’est un marqueur d’identité, c’est une seconde peau qui fait interface, le vêtement joue un rôle social, il est signifiant.

Le signe, c’est probablement un des moteurs créatifs les plus intéressants de l’industrie de la mode. Jean Touitou, créateur de la marque de prêt-à-porter APC, exprimait dans une interview de la Grande table intitulée Le style survit-il à la mode ? par Olivia Gesbert (12:49 min ; 27.02.2017) : « Le vêtement, et c’est ça qui m’intéresse dans mon métier, c’est quand même un émetteur de signe, qu’on le veuille ou non ». Ce signe, c’est justement ce qui fait la beauté et la richesse de ces industries.

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Un logo recouvrant 30% de la surface de l’objet
=place du logo sur nos vêtements

[Appartenance à la marque]

Sur cette paire de baskets, un logo, le swoosh de Nike. Pas vraiment très grand dans ce cas précis, mais pourtant déjà si visible ! Le logo n’a pas toujours eu cette place sur le produit. Le livre de Naomi Klein, No logo, la tyrannie des marques, en parle, à ce sujet, très bien. Quand j’achète cette paire de chaussures, j’entre dans le monde Nike, je m’associe, et cela participe à m’identifier, à me déterminer. Cependant, chercher son identité, c’est aussi se différencier, et pour cela, la collection limitée et la variation des modèles jouent un grand rôle : il s’agit ici de la Nike VaporMax Flyknit, déjà plus disponible à la vente.

Je m’identifie au monde Nike, mais je me distingue car j’ai choisi ce modèle particulier.

La marque est fiction, elle nous fait rêver ; la marque est insigne, elle répond à un besoin ; qu’il soit perçu comme futile ou non, ce besoin est présent.

D’après moi, c’est moins celui-ci qu’il s’agit de remettre en cause mais la déresponsabilisation des marques vis à vis de la fabrication.

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Made in Vietnam. Conçu aux USA
= fabrication délocalisée

[Rupture entre production et vente]

Nike est un donneur d’ordre / Il sous-traite la fabrication. En fait Nike, ne produit rien. H&M non plus d’ailleurs. Uniqlo, Sandro, Maje, … rares sont désormais les marques qui produisent. Division des tâches : pourquoi pas ? Seulement, cette séparation entre production et communication engendre parfois /souvent n.d.l.r/ de graves abus sociaux et environnementaux. Voilà encore une raison du choix de cette paire de chaussure : Nike est une des entreprises qui a été souvent pointée du doigt par les ONG dans les années 90. Mais Nike n’est pas la seule marque en cause. En fait, c’est le système qui est atteint à la racine.

 


O.O°1 [Sneakers Nike Vapor Max] / Conclusion

La marque est une sorte de mythe,
Si le mythe est tel que décrit par Barthes dans Mythologies,
ne faudrait-il pas en souhaiter la fin ?

Le mythe prive l’objet dont il parle de toute Histoire. En lui, l’histoire s’évapore ; c’est une sorte de domestique idéale : elle apprête, apporte, dispose, le maître arrive ; elle disparaît silencieusement : il n’y a plus qu’à jouir sans se demander d’où vient ce bel objet.Roland Barthes, Mythologies. 1957. Éditions Seuil de 1970, p207.

Pourtant, la marque n’a pas toujours eu ce rôle, il y a même longtemps, elle était une attestation de l’origine du produit. Les abus se sont répandus, mais les nouvelles idées et essais pour aller vers du mieux sont aussi nombreux. J’aimerais terminer ce premier volet des Objets Ouverts par ces mots :

Le vêtement est social, le vêtement est expression, c’est ce qui en fait sa beauté. Aujourd’hui, cette caractéristique a des conséquences écologiques et éthiques de grande ampleur, car l’expression de cette quête d’identité passe par un renouvellement permanent dont les conséquences ne sont pas maitrisées. Néanmoins, des alternatives combinant ces deux facteurs (créativité et éthique) sont possibles ; c’est en tout cas ce en quoi Hériade croit.

 

2 Comments

  1. Odette 2 février 2018 at 20 h 51 min

    Un article juste et bien écrit. Je partage avec plaisir. C’est un contenu précieux car il révèle, explique et met au jour sans être accusateur, ce qui devient bien rare sur ce type de sujet. J’adore !

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    1. Dorine Lambinet Dorine Lambinet 2 février 2018 at 22 h 41 min

      Bonsoir Odette,
      Merci pour votre retour ! C’est un des objectifs d’Hériade : essayer de montrer la complexité, la profondeur et l’aspect multifacettes des sujets. Votre enthousiasme est une motivation de plus, j’espère que les prochains articles à paraître vous intéresseront tout autant !

      Reply

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